Allez les yeux invisibles vers le beau.

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03/06/2013

Jacques Brel : Les Timides...

21/01/2013

Poème du jour...

images-3.jpegNuit de neige


La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.




Auteur : Guy de MAUPASSANT

19/01/2013

Vieillir, c'est chiant...

« Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire, vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.A toutes fins utiles !
A mes vieux amis, dont le cerveau est toujours jeune !
Un très beau texte de notre ami Bernard Pivot. Cela fait du bien
de lire pareille chose ! !
Extrait de son livre paru en avril 2011: 

Les mots de ma vie.

Vieillir, c'est chiant. J'aurais pu dire: vieillir, c'est désolant, c'est
insupportable, c'est douloureux, c'est horrible, c'est déprimant, c'est
mortel. Mais j'ai préféré « chiant » parce que c'est un adjectif
vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c'est chiant parce qu'on ne
sait pas quand ça a commencé et l'on sait encore moins quand ça
finira. Non, ce n'est pas vrai qu'on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien
dans sa peau. On se sentait conquérant, invulnérable. La vie
devant soi. Même à cinquante ans, c'était encore très bien. Même
à soixante. Si, si, je vous assure, j'étais encore plein de muscles, de
projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j'ai vu dans le regard
des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l'âge qu'ils
ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté,
même à la marge.
J'ai lu dans leurs yeux qu'ils n'auraient plus jamais d'indulgence à
mon égard. Qu'ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais
impitoyables. Sans m'en rendre compte, j'étais entré dans
l'apartheid de l'âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des
écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage
respectueux », Avec mes sentiments très respectueux. Les salauds !
Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur
stylo plein de respect? Les cons ! Et du « cher Monsieur Pivot »
long et solennel comme une citation à l'ordre des Arts et Lettres qui
vous fiche dix ans de plus !
Un jour, dans le métro, c'était la première fois, une jeune fille s'est

 

Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.

 

On a été longtemps si frais si jeune si appétissant.

On était bien dans sa peau.

On se sentait conquérant, invulnérable.

La vie devant soi.

Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante.

Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.

 Je le suis toujours, mais voilà, entre temps – mais quand - j’ai vu dans le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.

 J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard.

Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs mais impitoyables.

Sans m’en rendre compte, j’étais rentré dans l’apartheid de l’âge.

 Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.

« Avec respect », « en hommage respectueux », « ave mes sentiments très respectueux ». Les salauds !

Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons ! Et du « Cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche 10 ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué.

« Non, non, pas du tout a-t-elle répondu embarrassée. J’ai pensé que… »

Moi aussitôt : «  Vous pensiez que ?... »

Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir.

Parce que j’ai les cheveux blancs ?

Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âge que moi, ça a été un réflexe, je me suis levée…

Je parais beaucoup plus âgé que vous ?

Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge…

Une question de quoi alors ?

Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…

J’ai arrêté de la taquiner, l’ai remerciée de son geste  généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait  pour lui offrir un verre.

 

Lutter contre le vieillissement c’est dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.

Ni au travail, ni aux voyages, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve.

 

Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire des heures exquises.

C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.

C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.

La musique est un puissant  excitant du rêve, la musique est une drogue douce.

J’aimerais mourir , rêveur, dans un fauteuil, en écoutant soit l’adagio du concerto n° 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son concerto n° 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révèleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au delà.

Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.

Nous allons prendre notre temps.

Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.

Nous ignorons à combien se monte encore notre capital.

En années ? En mois ? En jours ?

Non, il ne faut pas considérer le temps qui reste comme un capital.

Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.

Après nous, le déluge ? Non, Mozart. »[2]

 

Ce texte de Bernard  Pivot nous a paru la plus jolie illustration de la réflexion sur la vieillesse. Il nous a semblé utile de chercher à en savoir un peu plus sur l’âge avancé que les stéréotypes réducteurs traités par les médias, et qui concernent principalement la dépendance.

 

La vieillesse fait peur. Elle est synonyme de perte : de pouvoir d’achat, de force physique, de séduction…et d’isolement, elle conduit la majorité d’entre nous à battre en retraite. Elle réserve pourtant ses plaisirs propres, comme toute autre époque de la vie. Cette période dégagée des contraintes de la productivité peut être celui des satisfactions de l’humanisme. Le constat accablant établi en 1970 par Simone de Beauvoir semble loin derrière nous. Les progrès conséquents en tout genre (santé, droits sociaux, retraite, évolution des mentalités…) ont abouti à un allongement sans précédent de la vie. Les Seniors, dans la troisième partie de leur vie, sont très actifs en vérité. Ils ont juste changé d’activités, abandonnant les contraintes de la productivité pour les joies de l’intérêt général ou particulier.

Nouveauté dans l’histoire de l’humanité, en France une personne sur quatre aura plus de 60 ans en 2020. Cette proportion augmentera encore selon les projections de l’Insee pour passer à une sur trois en 2060. (cf données chiffrées en fin de document). Ce phénomène a de nombreuses répercussions dans tous les domaines de la vie : économique, santé, relations…

 Les personnes âgées de 60 ans ont encore statistiquement plus de 20 ans de vie devant elles.

 Dans quelle dynamique sommes-nous à notre propre égard ? Dans quelle dynamique sont les autres à l’égard des « vieux » ? Comment penser l’avenir ?levée pour me donner sa place. J'ai failli la gifler. Puis la priant

de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je
lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle
répondu, embarrassée. J'ai pensé que… »
Moi aussitôt : «Vous pensiez que…?
-- Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait
plaisir de vous asseoir. Parce que j'ai les cheveux blancs? Non,
c'est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que
moi, ça été un réflexe, je me suis levée…
-- Je parais beaucoup, beaucoup plus âgé que vous? Non, oui,
enfin un peu, mais ce n'est pas une question d'âge…
--Une question de quoi, alors ? Je ne sais pas, une question de
politesse, enfin je crois…» J'ai arrêté de la taquiner, je l’ai
remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où
elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c'est, dans la mesure du possible, ne
renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles,
ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l'amour, ni à la sexualité,
ni au rêve.
Rêver, c'est se souvenir tant qu'à faire, des heures exquises. C'est
penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C'est laisser son
esprit vagabonder entre le désir et l'utopie. La musique est un
puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J'aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l'adagio
du Concerto n° 23 en “la-majeur“ de Mozart, soit, du même,
l'andante de son Concerto n° 21 en “ut-majeur“, musiques au bout
desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages
sublimes de l'au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons
prendre notre temps. Avec l'âge le temps passe, soit trop vite, soit
trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre
capital. En années ? En mois ? En jours ?... Non, il ne faut
pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais
comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut
jouir sans modération.
Après nous, le déluge ?...Non,

14/01/2013

Les grands auteurs... (1)

faubert,éducation,extrait,écrivain,littéraire,texte,Le 15 septembre 1840, vers six heures du matin, _ la Ville-de-Montereau _ , près de partir, fumait à gros tourbillons devant le quai Saint-Bernard. 

Des gens arrivaient hors d'haleine ; des barriques, des câbles, des corbeilles de linge gênaient la circulation ; les matelots ne répondaient à personne ; on se heurtait ; les colis montaient entre les deux tambours, et le tapage s'absorbait dans le bruissement de la vapeur, qui, s'échappant par des plaques de tôle, enveloppait tout d'une nuée blanchâtre, tandis que la cloche, à l'avant, tintait sans discontinuer. 

Enfin le navire partit ; et les deux berges, peuplées de magasins, de chantiers et d'usines, filèrent comme deux larges rubans que l'on déroule. 

Un jeune homme de dix-huit ans, à longs cheveux et qui tenait un album sous son bras, restait auprès du gouvernail, immobile. A travers le brouillard, il contemplait des clochers, des édifices dont il ne savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d'oeil, l'île Saint-Louis, la Cité, Notre-Dame ; et bientôt, Paris disparaissant, il poussa un grand soupir. 

M. Frédéric Moreau, nouvellement reçu bachelier, s'en retournait à Nogent-sur-Seine, où il devait languir pendant deux mois, avant d'aller _ faire son droit _ . Sa mère, avec la somme indispensable, l'avait envoyé au Havre voir un oncle, dont elle espérait, pour lui, l'héritage ; il en était revenu la veille seulement ; et il se dédommageait de ne pouvoir séjourner dans la capitale, en regagnant sa province par la route la plus longue. 

Le tumulte s'apaisait ; tous avaient pris leur place ; quelques-uns, debout, se chauffaient autour de la machine, et la cheminée crachait avec un râle lent et rythmique son panache de fumée noire ; des gouttelettes de rosée coulaient sur les cuivres ; le pont tremblait sous une petite vibration intérieure, et les deux roues, tournant rapidement, battaient l'eau. 

(Extrait de "L'éducation sentimentale" de Gustave Flaubert)

à suivre...

19/05/2011

Proses des ivresses... (6)

 

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Et l'ascension continue. Derrière chaque sommet, il y en a un autre qu'on voit seulement alors et qu'on gravit, ou plutôt sur lequel on est transporté sans effort. Une impression confuse d'abord, on vient à dominer de plus en plus, au point que je suis obligé de l'exprimer à haute voix - mais je ne sais si je l'ai vraiment fait : " Je suis possédé par le Dieu." Lequel , Le Dieu danse sur moi. C'est donc Shiva. Lui donnant son nom, je le vois, sa présence me devient présente. Cela est à la fois immatériel, c'est une image, une vision internes : je me vois, couché sur le sol, piétiné par Lui, et parfaitement matériel : je sens ses pieds qui massent la colonne vertébrale et, à travers la peau et les os, tous les organes un à un, qu'ils pétrissent comme des mains, des milliers de mains qui sont partout à la fois ; en même temps, c'est un fluide, un souffle qui me pénètre, qui fait vibrer musicalement tout le dedans du corps. Je suis possédé, c'est-à-dire dépossédé de moi-même, libéré enfin, et cette libération inattendue, inimaginable, me donne envie de crier de joie, de rire, de chanter, de pleurer. (...)

On me masse le dedans, on me tapote, et même on me triture, on me pétrit à pleines mains, à grands bras ; on corrige, on redresse, on rectifie, on rajuste, millimètre par millimètre, mes vertèbres, peut-être ma moelle épinière, c'est-à-dire qu'on pratique sur moi exactement les mêmes interventions que sur L. son guérisseur. Je me laisse faire, car ce foulement interne, ces menus gestes engendrent des jouissances inconnues. L'expression la plus juste de ce que je ressens - mais peut-on penser de pareilles choses, peut-on surtout les écrire ?  -, c'est qu'un dieu - ce n'est plus la magicienne de l'autre jour - fait avec moi l'amour et qu'il le fait comme les divinités le font entre elles, d'une manière inimaginable pour les hommes, car ce qui bénéficie de ses actions, ce n'est pas le corps physiologique mais ce corps subtil dont il me révèle l'existence, l'organisme lui-même en éprouve d'ailleurs un bienfait certain, mais secondairement et par résonance. (...)

Je sors de mes entrailles, je m'éjacule moi-même celui qui sort n'est plus le même que celui qui tout à l'heure a décidé d'entrer ; celui-là, il a depuis longtemps disparu, je ne l'ai plus rencontré, pas même dans les glaces. Celui qui émerge, c'est l'Enfant divin, l'Invincible, dont les pieds ne touchent pas le sol, qui marche sur les nuées, celui qui émerge, c'est - pourquoi ne pas dire, puisqu'il n'y a là nulle immodestie ? - le dieu qui en moi sommeillait et qui, à force d'imprudence, de témérité, de désobéissance, s'est enfin éveillé, ce dieu qui ne se révèle que dans la violence des tempêtes et la frénésie de l'orage, ce dieu qui n'avoue qu'à coups de blasphèmes et de sacrilèges, ce dieu enfin qui marche devant moi et que je suis. Son ombre danse sur le mur, elle me fait chanter et rire. Le mur est sale, ces cernes, ces traînées, ces taches grisâtres, que d'ordinaire on ne distingue pas, sont sorties comme sur une plaque photographique au soleil - la lumière dans la chambre fut-elle tout à l'heure si intense ?  Il faudra que je nettoie ce mur. Je suis un dieu impur, seules mes impuretés me retiennent au sol. Je suis la statue d'un dieu qu'il suffit de débarrasser de la poussière qui s'y est accumulée pour que réapparaisse l'or pur. (Nul orgueil au fond, puisque je sais bien que nous en sommes tous là, qu'il suffirait que nous en prenions conscience.) Je marche et il marche devant moi, dans mon ventre, et je suis plein de Lui. Je jubile, je jouis, mais c'est Lui en moi, la Force vitale universelle, qui jubile et qui jouit.

 

(Jacques Brosse - "Mahabalipuram, tout le monde descend" - Ed. Fayard - 1922)

14/12/2010

Serge Reggiani chante Rimbaud...

15/11/2010

Courchevel... et du talent !

Un artiste à découvrir en voici le lien....courchevel

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