Allez les yeux invisibles vers le beau.

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26/08/2011

Proses des ivresses... (12)

 

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Ni l'univers et une fièvre sans ciel, les robes d'aurore, et un sang suspendu entre les tessons de la bouche et les dérives de la mort. Le gant étranglé de la langue.

Ombre orange des nerfs, la mort-nombril sertie d'une rosée mordue. Les tempes de pupilles, les langues de violons. Les cernes aimantées des artères de mixages.

L'éclair moite, l'hostie amphétaminique, la scie du sang à la perforation consumée de la veine. Les soucoupes habillées de délires givrés, ici sous la peau de la peau. D'autres mondes devant les yeux d'aquarium.

Le murmure éternel d'un parfum de ciseaux.

Sur le Pacifique de ma détresse. Les vagues éclatent comme les veines bleues de l'insuffisance. Le soda de mon sang. Le sable, l'écrin de mes poignets.

Mes yeux aux cils de vagues.

Sur les draps brodés, mon enfance endormie dans un berceau de jade.La plage tranchée au rasoir de l'arc-en-ciel. Tapis à l'épée de mes colliers sans Immobile.

Mon miroir triste miroir, l'océan. Fondre mes poignets hisés de brumes divines au Château de la Maladie. Le coffret où l'Antérieur grima mon visage de fée.

 

(Prose extrait de "L'aiguille de diamant de l'anéantissement" de Michel Bulteau - Ed. du Soleil noir - 1949)

18/08/2011

D'un Corps à l'Autre (Chapitre 1)... (7)

Chapitre 1 - "Le Saut de l'ange" (fin du chapitre)

 

Je crois que ce qui anime tout cela et qui est à l’origine de tous nos maux, c’est la PEUR ; la peur d’être adulte, la peur de l’autre, la peur de l’avenir, la peur des religions, la peur des obèses, la peur des chiens, la peur d’une pantoufle. Cela devient ridicule et dangereux, la peur freine nos élans, la peur nous empêche de voir plus loin en toute sérénité, et pour finir la peur est castratrice. J’en arrive même à me demander, si, dans le couple, on n’a pas peur de l’autre.

  Est-ce que je t’ai apporté une réponse à ta question, monsieur l’intervieweur ?

— Oui... en partie

— Je reviendrai sur quelques sujets abordés ici.

— Monsieur l’Auteur, j’aimerais retourner dans ce corps.

— On y va....

          Au matin, si peu parler ainsi, au matin, je m’éveillai dans le noir. Mon excitation était extrême, jamais je n’avais connu de telles fourmis dans les jambes. Mon appétit de curiosité était insatiable, mon envie d’aller « explorer » ce coeur, et toutes les régions de ce corps me donnaient une pêche d’enfer. Je pris mon bagage, peu de choses en l’occurrence (je n’avais pas toujours trouvé ma besace, qui me manquait beaucoup). Je commençai une longue marche en avant. Je n’avais pas fait vingt mètres lorsque je fus projeté à l’extérieur de ce corps comme si une bombe avait explosé. Je me retrouvais dans le « néant », ce qui était le plus désagréable qui soit. J’étais dans un état de léthargie complète, le sentiment de n’être plus au monde, de n’être  plus qu’un esprit ;  je me croyais mort. Mais surtout, une odeur de puanteur se collait à moi, je compris à la seconde d’où je sortais.

 

("D'un corps à l'autre" - récit de Franck Roy - Ed. "Pays d'Herbes" - 2006)

à suivre...

12/08/2011

Poème du Jour...

L'OUBLI DU MAIL

 

Le rite et parc hagard

L'air sérieux

Conjurent les omnibus.

 

Loin les sonneries sont perdues

Pour ma plus grande résolution et la gorge de fauvette

Votive au milieu du vent.

Carême au marché qui bruit des mots à dire

Aux plis d'une soie tremblante.

 

Le toit recru délaissé

Au deuxième silence d'une seule heure sans escorte

Porteur du signe de reconnaissance.

 

(Poème de Vincent Bounoure - extrait de "La  Voix des éléments" - 1974)images-1.jpeg

11/08/2011

Proses des ivresses... (11)

  

 prose,ivresse,livre,littérature,réflexion,limbour,surréaliste,écrivain,1900-1970

 

LES REVERBERES AFRICAINS

 

J'étais ivre l'autre nuit d'un vin venu d'Europe et qui avait fait le voyage sur un bateau lent et secoué par la tempête. Ce vin qui avait des souvenirs marins et l'humeur impétueuse des flots, avait communiqué pour toujours à son essence spirituelle un caractère sauvage et tumultueux. La mer donne à ses amis un goût ardent de la liberté : ce vin avait un goût de corsaire ; en des temps meilleurs il se fût fait pirate, aurait mérité d'être pendu à une vergue dans le port de Londres, non loin de quelque celèbre capitaine. Je ne dirai rien de moi : ce vin merveilleux m'habitait.

Ainsi gréé, puissant comme un dieu, je partis au hasard des rues du Caire.

 

(Prose de Georges Limbour - extrait de "Soleil bas" - Ed. Gallimard)images-1.jpeg

à suivre...

 

 

( Portrait de Georges Limbour par Picasso...)

31/07/2011

Poème du Jour...

reste ce que chacun

au moindre mal

transbahute de soi

un peu plus loin

tous les jours

un peu plus loin

 

au mieux on s'accompagne

en forçant le sourire

 

(Poème d'Antoine Emaz extrait de "Boue"" - Editions "Deyrolle" - 1997)images-1.jpeg

26/07/2011

D'un Corps à l'Autre (Chapitre 1)... (5)

Chapitre 1 - "Le saut de l'ange" (suite)...

 

 

Je n’avais fait qu’une toute petite partie du chemin; le prochain défi était de rejoindre les régions alvéolées qui me conduisaient vers le coeur, cela était un vaste programme. De toute façon, je n’avais pas le choix, assis au bord de la route, une brindille à la bouche, je contemplai ce que j’avais vaincu. J’avais une faim de loup pour ne pas dire de lion, j’avais l’estomac dans les talons. En parlant de talons, mes chaussures ne chantaient que la chamade, surtout celle de droite qui « bâillait », aucune paire de rechanges dans ma besace. Cette besace qui me suivait tout le temps et dans toute circonstance avait connu une histoire peu banale. Sachez qu’elle avait gravi la plupart des montagnes de l’Himalaya, seule sans l’aide de personne « étonnant non » ; comme aurait dit le regretter Pierre Desproges. Ce qui paraissait encore de plus banal c’était qu’elle soit avec moi aujourd’hui, mais je sentais que pour elle ce « voyage » à l’intérieur du corps de la femme lui était fort agréable, pour ne pas dire unique dans sa vie de besace.

            « Mais, ma besace, il faut repartir », je ramassai un bout de bois et repartis, pieds nus, en sifflotant, ma besace en bandoulière. Le paysage resplendissait par ici... j'avançai, l’air désabusé ? Tout en marchant, j’aperçus au loin quelque chose de difforme qui m’intrigua, en approchant, je distinguai nettement une chatte au pelage épais et bouclé comme rarement j’en avais vu avec un miaulement gentillet sur le point de m’attendrir, mais la route était longue... Je n’avais pas le temps de la caresser, car je devais traverser de nombreuses cavités et galeries artérielles. Je reviendrai voir ce petit animal, de cela j’en étais sûr, qui était en manque d’affection.

 

("D'un corps à l'autre" - récit de Franck Roy - Editions "Pays d'Herbes" - 2006)

à suivre...

 

 

 

 

 

 

 

20/07/2011

Poème du Jour...

PORTE DU SECOND INFINI

 

A Antonin Artaud

 

L'encrier périscope me guette au tournant,

mon porte-plume rentre dans sa coquille.

La feuille de papier déploie ses grandes ailes blanches :

Avant peu ses deux serres m'arracheront les yeux.

Je n'y verrai que du feu mon corps

feu mon corps !

Vous eûtes l'occasion de le voir en grand appareil le jour de tous les ridicules.

Les femmes mirent leurs bijoux dans leur bouche comme Démosthème.

Mais je suis inventeur d'un téléphone de verre de Bohème et de tabac anglais

en relation directe avec la peur !

 

(Poème de Robert Desnos - "C'est les bottes de 7 lieues cette phrase " Je me vois" - 1926)images-1.jpeg